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Le cercle des projets disparus -
Comment est tuée l’insertion
par ceux qui sont chargés de la faire vivre


Le cercle des projets disparus

Voilà une trentaine d’années, on inventa ce terme pour balayer toutes sortes de malaises qui commençaient à déranger la société et disloquer les liens sociaux. 30 ans d’efforts, d’acharnement, de moyens, pour quel résultat ?

On est arrivé à insérer toute cette société dans un chaos tel qu’on peut l’exprimer par une blague qui prend tout son sens ; c’est l’histoire d’un responsable (appelons-le ministre de l’insertion) qui raconte : “Voilà 30 ans, on était au bord du gouffre, et aujourd’hui on a avancé d’un pas”.

Pendant tout ce temps, on n’a cessé d’empiler structure sur structure, organisme sur organisme, argent sur argent, pour soi-disant régler le problème du chômage – inactivité serait un terme plus juste – qui rendait les gens inutiles et les transformait en un fardeau pour la société – des objets d’insertion.

En plus, on a réussi à mobiliser des armées entières de gens très intelligents, qui savent tout et qui défilent dans tous les medias avec des plans aussi merveilleux les uns que les autres, pour nous expliquer comme la vie va être belle grâce à leurs solutions garanties à 100 %.

Beau le lavabo, sauf qu’aujourd’hui, on constate que ces gens très intelligents le sont tellement qu’ils ont réussi à améliorer le mot insertion pour qu’il devienne désinsertion. Le pire dans tout ça, c’est qu’ils sont si sûrs d’eux-mêmes, et si fiers de tout le bien qu’ils apportent, qu’ils sont incapables de comprendre ou d’imaginer que quiconque ne soit pas content.

Pour comprendre, il ne faut être ni génie ni même diable, il suffit de regarder les moyens qu’on met, ou plutôt qu’on fait semblant de mettre au service de l’insertion et les résultats escomptés, voire obtenus. Côté moyens, on a : gesticulation, cravates qui bougent dans tous les sens pour expliquer et décider comment il faut faire pour sortir ces gens de leur détresse et leur misère. Ensuite on a des robots de très mauvaise qualité qui exécutent les commandements donnés par les cravates.

Puis arrivent les sous-cravates (ou futures cravates, au choix), qui ne sont certainement pas là parce qu’ils ont une compétence quelconque, et encore moins parce qu’ils connaissent la signification du mot “insertion”, mais pour une raison beaucoup plus noble, qui est qu’il y a du business à faire.

Enfin commence le vrai travail, en embauchant des espèces de nourrices pour garder ces objets d’insertion, en appliquant à la lettre les commandements entassés des cravates, sous-cravates et robots à la fois.

Pendant une action d’insertion les nourrices (qui elles-mêmes étaient au moins pour une partie dans la même situation que les objets) essayent tant bien que mal de gérer. Et en voilà une qui a un truc énorme, très utile pour bien s’insérer, un test sur ordinateur, préparé par une sorte de Freud de luxe. Ce test sert à analyser chaque objet pour lui apprendre qui il est, ce qu’il est censé aimer ou détester, et surtout en quoi il pourrait être utile. Il arrive même qu’à la fin de l’action, les cravates arrivent accompagnées de barbies premier prix fabriquées en Chine pour s’assurer que les objets sont bien insérés ou presque.

Côté résultats, les objets se trouvent insérés comme il faut dans leur détresse et leur misère ; par contre, le peu d’espoir avec lequel ils sont arrivés a disparu, assassiné par les cravates et compagnie et leurs âmes perdues à tout jamais.

Avec leurs bagages “insertionnels” bien garnis, les objets se dispersent, tellement de choix leur sont offerts : zoner, glander, sombrer dans la déprime, désespérer à mort, devenir dealer, voleur à l’arraché, extrémiste, et pourquoi pas se diriger vers la lumière “bleu marine”.

La compétition est devenue tellement rude et excitante que pour se distinguer il y en a qui cherchent à s’insérer carrément dans un “trou d’aiguille djihadiste” pour goûter à l’exotisme et faire de l’insertion mondialisée.

Cela dit, dans un souci de dire la vérité toute la vérité, une infime minorité de ces objets tourne mal en trouvant un petit boulot de quelques heures par mois ou par semaine.

Plus grave, ce sont ceux « dont le nombre est heureusement très insignifiant « qui trouvent un travail à plein temps payé au smic et qui peut aller jusqu’à plusieurs mois de suite, ceux la deviennent presque irrécupérables mais un si petit sacrifice ne compte vraiment pas pour un projet si énorme.

2012, soirée des élections, sur un plateau télé. Quelqu’un s’adresse à une cravate socialiste : « La France aujourd’hui est au bord de l’explosion, et c’est votre dernière chance parce que si vous ne réussissez pas c’est une autoroute ouverte pour le FN en 2017. »

Début 2016, toutes les cravates de la République peuvent être fières d’avoir été unies pour réaliser ce projet durable et unique : une autoroute qui traverse la République dans tous les sens et aucune limite de vitesse.

Et pour parler d’avenir aucune inquiétude, on nous prépare déjà un spectacle d’enfer pour 2017, intitulé “cravates se déchainent”. Les cravates roses et cravates bleues vont se livrer à un combat de poules puantes axé sur le thème « et on refait le match » pour nous faire vivre des moments inoubliables.

Avec pour arbitre principal les cravates bleu marine, et arbitres de touche nœuds papillons verts et d’autres insectes et couleurs plus ou moins pâles.

Le principe du spectacle est que les cravates se déchirent “à donf” pour nous offrir un tableau jamais vu. Les cravates s’excitent, les cravates s’étripent, les cravates se flagellent, pas du tout sado-maso.

Nœuds de papillons se torturent, se déhanchent, pour essayer de rivaliser.

Puis Cravates et Nœuds de papillons se sautent dessus, s’agrippent ‘ se mélange ‘s’enc… anaillent dans une seine tellement excitante qu’on atteint l’extase pour au moins Cinque ans.

Un défilé splendide digne d’une république qui se respecte. et qui se réveille juste à ce moment par un retentissement assourdissant : Bchiiiiiiiiiiiiite.

En septembre, j’avais passé 8 mois de bonheur absolu (problème de titre de séjour, radiation de Pôle emploi, de la Caf, et bien sûr suspension de tous les droits Rsa et Apl). Bref, mon existence était niée, et en prime j’avais l’impression d’avoir tous les diables de la République aux trousses. C’est à ce moment-là que mon chemin a croisé, ou plutôt recroisé celui d’Exclusif, que je connaissais en tant que lecteur et ex-interviewé.

C’était l’un de ces moments où le désespoir et la frustration mélangés avec tant de haine se sont tellement insérés dans mon âme que je m’attendais à ce qu’elle me quitte à tout moment.

Apres une petite discussion, un encadrant d’Exclusif accepte de m’accompagner voir une élue, pour résoudre ces problèmes. Il a fallu juste quelques minutes d’écoute de la part de cette gentille dame pour que les 8 mois précédents s’envolent, laissant place à quelque chose de bien résumé par une phrase que m’a lancée une amie quand je lui ai raconté ce qui s’est passé : « Tu vois, ça redonne foi en la République. »

Effectivement foi m’a été redonnée… et comme bonus, on m’explique comment ça se passe à Exclusif et on me propose de rejoindre l’équipe comme stagiaire, ce que j’ai accepté tout de suite. Pour avoir participé à plusieurs actions d’insertion, j’ai compris tout de suite que j’avais trouvé le contre-exemple de tout ce qui est cité ci-dessus. Ici le but n’était vraiment pas de tenir les objets en laisse toute la journée ou encore de les faire signer jusqu’à quatre fois par jour pour s’assurer qu’ils n’ont pas fugué.

Cette action ne consistait pas non plus à me rabâcher en permanence combien je coûtais très cher et que je ne rapportais rien du tout. L’idée était de préparer un journal fait par et pour ces objets dont le nombre ne cesse de croitre, malgré chaque action d’insertion visant à le faire baisser.

À peine trois mois que je me suis engagé, j’ai commencé à mettre un peu d’ordre dans ma tète et dans mon parcours d’insertion, et même à me dire que peut-être l’avenir n’était pas si noir. Tout à coup la décision est tombée, Exclusif doit mourir pour que vive l’égocentrisme de certains décideurs qui n’ont vraiment que faire des dégâts qu’ils peuvent causer.

On dit que quelqu’un qui se noie s’accrocherait même à une paille ; pour se sauver, ces gens viennent enlever la paille en se vantant de toute la “bravitude” dont ils viennent de faire preuve.

Exclusif est mort, l’insertion avec, “foi m’a été reprise” vite fait bien fait, et encore une page de tournée, sauf que la c’était la dernière page.

La mort d’Exclusif n’est pas en soi l’hécatombe annoncée dans ce message ; par contre, l’hécatombe c’est la mort de tous les Exclusif assassinés tous les jours par des pseudo-décideurs qui se gargarisent tous les jours de défendre des valeurs du genre « avoir aboli la peine de mort » depuis 34 ans.

La mort d’Exclusif montre à quel point la société se meurt, malade de ses cravates, une maladie incurable qui nécessite de passer à un autre mode – « avoir une cervelle à la place », par exemple.

Yasser Karkazan


Date de création : 08/02/2016 @ 14:22
Dernière modification : 08/02/2016 @ 14:34
Catégorie : Le cercle des projets disparus
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