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Dossier réfugiés - Casse-tête albanais


Réfugiés en Auvergne

Dans le village albanais de Dibër, cette famille menait une vie sans histoire. Elle vit aujourd’hui à Clermont-Ferrand : récit.

Marié à S. avec qui il avait deux filles de 7 et 3 ans (voir témoignage suivant) N. gérait un petit magasin d’alimentation avec son frère. En 2003, avec la complicité de la mairie et de la police locale, une famille du village s’approprie un terrain que N. tenait de son père. Depuis la chute du communisme et la création de la République d’Albanie en 1991, le fonctionnement et les mentalités n’ont pas vraiment changé : « Il n’y a pas de vrais papiers qui prouvent les titres de propriété. Il faut prendre avec la force ce qui est à toi. Mais la pression était trop forte. On avait peur de sortir de chez nous et on ne pouvait plus gérer le magasin. » Suivent trois ans de pression, d’intimidation, jusqu’à ce que N. soit torturé. La fuite devient inéluctable. Le frère de N. et les siens choisissent l’Italie, sauf un fils de ce frère qui fait le choix de rester et sera assassiné un an plus tard, à l’âge de 18 ans.

Dessin de Pierre-Henri Malarte
Dessin de Pierre-Henri Malarte

En 2006, direction sud vers la Grèce, où nombre d’Albanais sont déjà exilés. Une vie apaisée recommence, sans titre de séjour mais avec la possibilité de travailler. N. devient maçon, S. fait des ménages. Les deux filles reprennent le chemin de l’école. En 2012, les parents rêvent d’Albanie et tous y retournent en juin. « On pensait que ça s’était apaisé, raconte N. Mais quand les filles sont retournées à l’école, les enseignants les ont empêchées de participer aux activités. Et une nuit de novembre, on m’a tiré dessus à la Kalachnikov.  » Après un mois d’hôpital, retour en Grèce. Mais cet aller-retour a compromis toute chance d’une nouvelle autorisation de travail. « On a décidé de partir loin, dans un endroit sûr où demander l’asile politique. »

Pas d’aumône, mais le droit de travailler

Leur choix se porte sur la France, « le pays des droits de l’homme ». De bateau en voiture puis en train, ils arrivent à Clermont en janvier 2013 et font une demande d’asile politique à la préfecture. Ils reçoivent une allocation temporaire d’attente mensuelle de 660 euros, pour 3 mois ; le 115, dispositif d’hébergement d’urgence, les envoie en hôtel à Issoire où les deux filles intègrent brièvement l’école. Soutenu par les associations d’aide aux réfugiés, N. commence à apprendre le français avec l’espoir de travailler. Mais pour cela, « il faut un récépissé et une promesse d’embauche. A Issoire, c’était impossible vu l’état du marché du travail. » En avril, leur demande d’asile est refusée par l’OFPRA ; ils font appel auprès de la CNDA.

Forcée de rejoindre Clermont en pleine crise du logement d’urgence (voir Exclusif n° 40, septembre 2013), la famille loge alors dans un gymnase. « On appelait tous les jours le 115, à 9 h et à 19 h : ça changeait tout le temps d’endroit ! C’était la catastrophe. » Parallèlement, ils enchaînent les entretiens à la préfecture. Mais leur demande d’asile est refusée en appel en janvier 2014. La déception est grande et la situation précaire. « On n’a pas cru notre histoire. Pourtant on avait rassemblé des justificatifs, des articles traduits de journaux locaux, qui prouvaient les faits. Notre dossier a été considéré incomplet et nos passeports faux ! »

Une OQTF leur est envoyée un mois plus tard. « Étant donné le contexte en Albanie, impossible d’y retourner ! On a fini par oublier ce papier, pour continuer nos vies.  » Une vie en mal de logement, d’argent et de nourriture. Jusqu’à la fin de l’année scolaire 2014-15, ils sont hébergés “par petits bouts” : un mois en foyer, deux semaines à l’hôtel, retour au foyer… Et plus rien à partir de juillet 2015, hormis les 80 euros mensuels du CCAS clermontois. Ils trouvent le minimum d’alimentation auprès des associations humanitaires et, quatre ou cinq fois par mois, obtiennent par le 115 une ou deux nuits d’hôtel. Des amis les hébergent parfois, mais « on a peur de déranger ». Les N. ont beaucoup dormi dehors depuis juillet dernier.

En mauvaise santé, les parents ont demandé en janvier un titre de séjour pour ce motif : la réponse tarde. « Sans logement c’est très dur. Malgré notre inscription à toutes les structures d’hébergement, la seule réponse qu’on nous donne c’est qu’il faut le titre de séjour ». Le casse-tête chinois est devenu albanais.

« Jamais on n’aurait imaginé cela ; on ne demande pas de logement gratuit, ni d’aumône, juste le droit de travailler comme tout le monde. Aujourd’hui, on n’a plus rien à perdre, on ne pourra jamais retourner en Albanie. On veut rester en France pour que nos enfants aient une vie meilleure.  » Le pays des droits de l’homme le veut-il ?

Fabrice Tarit


Date de création : 23/12/2015 @ 12:27
Dernière modification : 23/12/2015 @ 12:30
Catégorie : Dossier réfugiés
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